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    Numéro 6
    Exotismes de la pensée de Robert Hébert (sous la direction de Simon Labrecque)

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    Au risque de Pierre Falardeau. Pensée du « local sans les murs » (sous la direction de Julie Perreault et Simon Rainville)


    Appel à contributions

    EXOTISMES DE LA PENSÉE DE ROBERT HÉBERT

    (Sous la direction de Simon Labrecque)

    En exigeant toutes les radicalisations dont elle est susceptible, la pensée de Robert Hébert a introduit l’espace-temps dans le discours philosophique. Thérapeutique de l’universel-colonial, l’œuvre-laboratoire du dumpster-diver de la vallée du Saint-Laurent provoque le malaise. Elle donne à voir dans le corporel, dans le continental, dans le mémoriel, dans le résiduel, quelque chose qui demeure philosophiquement indéfendable et donc téméraire. Pas tellement l’appartenance de la pensée au sol, ce qui ne serait encore qu’être phénoménologue ou historien. Pas tellement une affirmation locale de l’universel, ce qui ne serait encore qu’une demande de reconnaissance.

    Il s’agit plutôt chez Robert Hébert de penser, par tous les moyens, ce qui pense en nous. Loin du connaissant et du convenu, la méthode d’Hébert consiste à mettre en tension l’intime et le géographique. Elle cherche à traduire les résonances du corps philosophe comme autant de secousses spirituelles, de visites spectrales et de vérités caverneuses qui hantent la surface de la terre. Ces traces composent une musique que seule une âme errante peut à son tour interpréter.

    La fonction exotique de la pensée de Robert Hébert ne tient pas dans l’évocation de l’ailleurs. Elle tient dans l’entretien de la question du lieu. Lieux qu’on ne voit pas, lieux qu’on ne voit plus, lieux qu’on ne veut pas ou qu’on ne veut plus voir. Robert Hébert, philosophe « sans chaire ni pension », dirait Jean-Jacques Rousseau.

    Was heisst denken dans la Vallée du Saint-Laurent ? La philosophie de Robert Hébert est un programme géophilosophique majeur. Chaque texte est un chantier et ensemble ils recoupent une série de topoï que les Cahiers de l’idiotie veulent (re)mettre sur le métier.

    • La pensée médiumnique : art de l’à-propos spatial et temporel de la lecture et de la parole, médiumnité qui implique de ne jamais sacrifier l’expérience sensuelle qui fonde l’être-vraiment-là de l’intelligence qui respecte son tempérament. Dépouilles (1997); L’homme habite aussi les franges (2003).
    • Des objets et des restes : gisements de pensée aux interstices des époques, grouillement sous les stèles soulevées des imaginaires clôturés, l’irréductibilité objectale qui charrie l’époque, le cadavre de l’affaire Guibord, le dentier du caporal Lortie, la tombe d’Hannah Arendt. Rudiments d’us (1983); Le Procès Guibord ou l’interprétation des restes (1992).
    • Un projet postcolonial : l’Amérique française, territoire neuf de la pensée et enclave nommée par la voix de l’autre. Montréal-Paris ou Montréal-Burlington ? Traduire dans la dépendance métropolitaine ou prendre son char pour mettre la main sur Rawls. L’Amérique française devant l’opinion étrangère (1989); Novation (2004).
    • Les dépouilles et le testamentaire : récurrences emphatiques du bilan, de l’ultime, du dernier écrit; se déshabiller par l’écriture pour habiller l’œuvre, chroniques du testament toujours définitivement recommencé. Mobiles du discours philosophique (1978).

    Ces chantiers sont traversés par une écriture. Destruction discrète de la philosophie sans lieu ni objet, le programme géophilosophique de Robert Hébert vise à faire rendre gorge au réel par la démonstration d’une créativité monstrueuse et par une entreprise de conjuration des « puissances du faux » qui échappe néanmoins à l’esprit de sérieux qui afflige parfois la pensée d’ici. Les mots d’Hébert empruntent souvent la tonalité d’une jovialité forte, colorée par une ironie qui sert la restitution d’un étonnement premier, rendu transmissible. « L'ironie comme catalyse productive, rupture dissymétrique dans l'ordre du discours, mouvement insatiable qui force le sens à livrer ce qu'il signifie réellement » (L’homme habite aussi les franges, p.117).

    Inspirés par cette écriture et ce programme, par cette légèreté, et par cet amour des choses petites, de l’à-peine visible, les Cahiers de l’idiotie invitent invitent à une fête de la pensée dans les plis, les vents, les béances, le bric-à-brac et les larmes du grand corps Hébert.

    *Bibliographie à jour des écrits de Robert Hébert fournie sur demande.

    *Date limite pour soumettre une contribution au comité de rédaction : 30 septembre 2015

    AU RISQUE DE PIERRE FALARDEAU. PENSÉE DU «LOCAL SANS MURS»

    (Sous la direction de Julie Perreault et Simon Rainville)

    On ne peut comprendre tout mouvement décolonisateur, toute pensée décolonisatrice, sans remonter à son moteur : la liberté. Fondamentalement, Pierre Falardeau est un homme libre. Son parti pris pour les travailleurs contre l’exploitation capitaliste découle de sa volonté de liberté. De ce même besoin de liberté découle aussi son nationalisme, sa haine de l’intellectualisme vide, bête, ou trop confortable, son héroïsation de la « vie du peuple », celle qui part du ventre pour rejoindre le cœur et la tête, et qui devient chez lui parole empressée, parole sans retour, au risque d’y perdre l’homme. Le « falardisme » est ainsi un humanisme, pour rappeler Sartre, malgré tout ce que ses détracteurs ont pu en dire.

    Mais la pensée de Falardeau, ou mieux la « pensée-Falardeau », est aussi une pensée idiote, « une parole qui sait d’où elle parle et qui ne perd pas ce lieu de vue », pour rappeler ici l’un des principes fondamentaux qui nous préoccupent. Pensée située dans un ici – le Québec ou le monde –, et qui articule cet ici comme un devoir d’existence. Suffit-il d’y croire assez pour créer du même souffle la vision d’un pays qui nous rende à nous-mêmes, au-delà de nous-mêmes ? Pensée d’anthropologue, vision de cinéaste muselée, cris de « l’écrivain malgré lui » qui, paradoxalement, ne s’est jamais gêné pour dénoncer les conditions de son propre mutisme. Falardeau est tout à la fois cynique, ou chien qui aboie; romantique qui aime et hait du même lieu ; intellectuel isolé dans un espace où la communauté se fait rare. Mais la liberté de Falardeau c’est encore cela, la décolonisation des espaces de pensée qui nous gardent petits ; le courage de penser « l’universel » qui, tel qu’il le disait lui-même en citant Miguel Torga, n’est rien d’autre que « le local moins les murs » (Le bœufs sont lents mais la terre est patiente: 204).

    Tout cela au risque de déplaire. Car d’un autre côté, il faut bien admettre que Falardeau dérange. Sa parole heurte les sensibilités, dénonce à grands coups sans s’occuper des controverses. Ses paroles ont pu parfois blesser, comme il semble l’avoir été lui-même, à l’occasion, de certaines réponses qu’on lui a faites. Raciste? sectaire? rétrograde? acharnée? – la pensée-Falardeau se mesure-t-elle au risque de ses mécompréhensions? Comment concilier ces points : controverse, « idiotie », humanisme?

    L’on voudrait parler de Falardeau au présent, puisque pour nous il n’est pas vraiment mort. Son héritage du moins nous semble encore là, nécessaire en quelque sorte à la santé du paysage québécois. Mais quel est le sens de cet héritage? Se réduit-il à l’homme, au penseur, au créateur, ou porte-t-il au-delà de lui-même ? Nous convions ceux et celles qui souhaitent réfléchir sur Falardeau et les matériaux ne manquent pas – fictions et documentaires, interventions publiées dans plusieurs recueils, entrevues radio et télé, poésie… À travers ces matériaux encore, différents thèmes volés au gré des événements et des idées fixes, redondances parfois embêtantes, paradoxes, critiques, etc. De la boxe à l’histoire, du cinéma à l’écriture, de l’homme au penseur politique, à l’artiste, à la figure publique ou polémique, Falardeau ne laisse pas indifférent. Et pour cause semble-t-il ; mais pourquoi au juste ? Comment, jusqu’où, ou dans quelle mesure la pensée de Pierre Falardeau sert-elle encore aujourd’hui l’être que nous sommes?

    *Date limite pour soumettre une contribution au comité de rédaction : 30 juin 3016

    Règles pour la soumission d’un manuscrit

    Les contributions* et propositions de numéros thématiques doivent être adressées au Comité de rédaction par voie électronique à l’adresse suivante : redaction@cahiers-idiotie.org

    Les contributions doivent respecter les paramètres et transmettre les éléments suivants:

    • 20 à 30 pages à double interligne (Times New Roman 12) ou l’équivalent;
    • utilisation du système de référence : (auteur, année : page);
    • liste des ouvrages cités en fin de document:
        ELIADE, Mircea (1989) Le mythe de l’éternel retour, Paris, Gallimard.
        JOLIVET M.-J. (1997) « La créolisation en Guyane. Un paradigme pour une anthropologie de la modernité », Cahiers d’Etudes Africaines, 37(4) : 813-838.
    • notes en bas de page;
    • résumé du texte et courte biobibliographie de l’auteur.

    Les Cahiers de l’idiotie acceptent:

      - les contributions hors thèmes (celles-ci ne font cependant pas partie de l’édition imprimée limitée du numéro de la revue);
      - les publications soumises par les étudiantes et les étudiants qui suivent l'énoncé méthodologique de la revue, science et idiotie, pourront faire conditionnellement l’objet d’un compagnonnage;
      - les textes en langues autres que le français, sous condition et accord préalables du comité de rédaction.

    *Il est à noter que les textes publiés sont la propriété des Cahiers de l’idiotie (tous droits de reproduction réservés).